dimanche 12 avril 2009

Inhumain

Seul l'humain court le risque d'être inhumain,
l'animal ne court pas le risque d'être inanimal.

Guillaume Dasquié dans La ville des mensonges,
Éditions Robert Laffont, 2009

lundi 6 avril 2009

Le cœur et la transition

Avant d'expliquer la façon dont l'initiative de transition s'occupe de la détresse émotionnelle liée aux crises qui menacent nos collectivités et sur l'élaboration d'une vision collective apte à soutenir notre démarche vers une plus grande résilience, j'aimerais citer l'introduction de Rob Hopkins qui a trait à ces sujets. Dans son livre, et c’est bien légitime, Rob Hopkins écrit souvent à la première personne du singulier que j’ai choisi de remplacer par un « nous » inclusif. Il ne s’agit donc pas d’une traduction fidèle, mais plutôt d’une adaptation :

Le pic pétrolier et le chaos climatique peuvent être intenses et inquiétants dans leurs implications et dans les effets qu’ils auront sur nous. De la même façon que la plupart des gens se souviennent d’où ils étaient le 11 septembre 2001 ou, pour les plus vieux, quand le Président Kennedy a été assassiné, la plupart de ceux qui sont conscients du pic pétrolier et du chaos climatique peuvent raconter quand et comment leur prise de conscience est survenue — leur moment End of Suburbia*. Nous pensons qu’en plus de comprendre ces enjeux, il est impératif de ne pas prétendre qu’il s’agit seulement de questions purement rationnelles, de tête. Nous devons également nous préoccuper du cœur et admettre que cette information est troublante, qu’elle nous affecte tous et que la façon dont elle nous affecte détermine en retour comment nous réagirons ou ne réagirons pas.

Un autre concept important abordé dans cette section est celui de l’élaboration d’une vision collective et de la puissance d’une telle vision de l’avenir. Les écologistes tentent trop souvent de pousser les gens à l’action en les effrayant à l’aide de scénarios apocalyptiques. Or, voici la question que pose cette deuxième partie : « Qu’arriverait-il si nous passions à l’action par l’autre bout, en illustrant une vision de l’avenir si attirante que les gens se sentiraient instinctivement attirés par elle ? »

Ce qui suit est une vision créative de ce que [notre vie] pourrait être en 2030 si nous voyons la clé de notre avenir dans une plus grande résilience, des économies plus locales et une consommation d’énergie fortement réduite. Car au sein même des défis que posent le pic pétrolier et le chaos climatique se trouve une occasion en or de réinventer, repenser et reconstruire le monde qui nous entoure.

Au cœur de cette section apparaît, finalement, l’évidence que l’ampleur de cette transition nécessite des ressources personnelles intérieures qui dépassent la simple compréhension abstraite. Ce terrain, relativement nouveau pour le mouvement environnemental, est crucial pour notre succès et essentiel pour mobiliser le nombre de personnes nécessaires à une tâche d’une telle ampleur.

* End of Suburbia est un documentaire, réalisé par Gregory Green en 2004, qui explore l’impact du pic pétrolier sur le mode de vie états-unien. Il est généralement présenté à la population à l'étape de la sensibilisation.

Introduction au cœur de l'affaire

Susciter une prise de conscience sans prévoir les moyens d'en gérer les conséquences est inutile, voire cruel. « Pourquoi prendre conscience de tout ça si j'en sors encore plus découragéE ? » « Ça ne sert à rien. Je fais déjà tout ce que je peux, mais ils (les voisins, les Chinois, les riches, les politiciens, etc.) n'en font pas assez. Moi, je ne peux pas en faire plus ! »

L'intérêt, pour moi, de l'initiative de transition est qu'elle prévoit ces objections légitimes et fournit des réponses : nous reconnaissons que cette prise de conscience provoque des émotions difficiles et nous savons comment les gérer ; nous savons que tout cela doit déboucher sur l'action et nous savons comment élaborer un plan d'action.
Voici les citations que Rob Hopkins a choisies en introduction de la deuxième partie de The Transition Handbook :
Il est préférable de penser à ce qui se passe comme à une révolution, non par les armes, mais de la conscience. Elle sera gagnée en s’appropriant les mythes-clés, les archétypes, les eschatologies et les extases de telle façon que la vie ne semblera pas mériter d’être vécue si l’on n’est pas du côté de cette énergie de changement.
Gary Snyder

Pour sauver la planète, nous n’avons pas besoin de percées technologiques miraculeuses ou d’énormes capitaux. Essentiellement, nous avons besoin d’un changement radical dans notre façon de penser et dans nos comportements.
Ted Trainer

Les incertitudes de notre époque ne justifient pas d’être certains du bien-fondé du désespoir
Vandana Shiva

Récapitulatif — la tête

Avant de passer à la prochaine étape du voyage, son véritable cœur, voici les liens vers les entrées reliées à la compréhension rationnelle des enjeux, c'est-à-dire à la tête :
Il est compréhensible d'être ébranlé émotionellement après avoir pris conscience de l'ampleur des défis qui nous attendent. C'est pourquoi la deuxième étape s'appelle le cœur...

dimanche 5 avril 2009

Saisissant

Vivre est tellement saisissant
qu'il reste bien peu de temps pour autre chose.

Emily Dickinson, poétesse états-unienne

Quel avenir ?

Selon Tony Juniper dans une allocution présentée à Totnes, l'une des premières villes de transition anglaises, en février 2007:

« Nous ne retournons pas à l’Âge de Pierre ou au Moyen-Âge, nous nous dirigeons vers un avenir plus encourageant, plus sécuritaire où les communautés se recréent, où la pollution n’est plus qu’un souvenir, où l’alimentation, l’énergie et la biodiversité sont assurées et où les gens ont des vies longues et confortables. Transmettre une telle vision est très difficile à faire parce que tout ce que l’on peut montrer avec précision c’est le passé. »

En fait, l’idée centrale de la Transition est, selon The Transition Handbook, pp. 212 et 213:

Un avenir sans pétrole peut être préférable à la situation présente, 
SI nous sommes prêts à mobiliser toute notre créativité et notre imagination 
ASSEZ TÔT AVANT la fin de l’ère du pétrole.

Après ce processus, nous ne serons plus les mêmes; nous serons devenus plus humbles, plus près de la Nature, en meilleure forme, plus habiles et, ultimement, plus sages.

Nous émergerons, en clignant des yeux, dans un nouveau mode de vie dans lequel, étrangement, nous nous sentirons plus confortables et qui nous semblera plus familier que ce que nous aurons abandonné.

Nous devons être en mesure de formuler et de présenter une vision alléchante de ce qui peut remplacer la situation actuelle. C'est précisément de quoi il est question dans la deuxième partie de The Transition Handbook : le cœur.

samedi 4 avril 2009

Indices de résilience

Exemples d’indices de résilience d’une communauté locale :
  • % de la consommation totale d’énergie qui dépend de la combustion (qui libère des gaz à effet de serre);
  • % du commerce effectué avec la monnaie locale;
  • % de la nourriture consommée produite dans un rayon de moins de X km;
  • Superficie consacrée au stationnement de véhicules;
  • Degré d’implication des gens dans l’opération de Transition;
  • Trafic sur les routes;
  • Nombre d’entreprises qui appartiennent à des personnes qui habitent dans la localité;
  • % des personnes qui travaillent dans la localité;
  • % de biens essentiels produits à l’intérieur d’un rayon de X km;
  • % de matériaux de construction locaux utilisés dans les nouveaux bâtiments;
  • % de l’énergie nécessaire produite localement;
  • Nombre de jeunes de 16 ans capables de faire pousser correctement 10 variétés de légumes;
  • % de remèdes prescrits produits dans un rayon de moins de X km…
Tiré de The Transition Handbook pp. 174 et 175

Certains de ces indices peuvent surprendre. Celui sur le nombre de jeunes de 16 ans aptes à cultiver des légumes a fait son effet lors de ma présentation à Coaticook...

Résilience

Il est beaucoup question de résilience dans l'initiative de Transition. Bien que mes vénérables dictionnaires ne l'affirment pas, les notions de résilience et de vulnérabilité me semblent être l'endroit et l'envers de la même chose.

Le mot « résilience » a été emprunté à l'anglais où son sens premier, en physique, était la capacité d'un matériau à résister aux chocs. Boris Cyrulnik, médecin, psychiatre et neurologue français a contribué à étendre le sens du mot aux personnes. Comment se fait-il que certaines tombent en morceaux après un choc relativement mineur alors que d'autres arrivent à mener des vies bien remplies après avoir encaissé de graves chocs ?

L'Encyclopédie de L'Agora: Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik - Wikipédia

La notion de résilience peut également convenir à des systèmes complexes comme des collectivités, des systèmes écologiques, informatiques et autres. Par exemple, l'Internet, par sa décentralisation et ses redondances est un exemple de résilience. Des pannes locales ne peuvent empêcher l'ensemble de fonctionner.

Inversement, « vulnérable » s'applique à ce qui peut être blessé ou qui se défend mal. Dans le cas des collectivités, les vulnérabilités peuvent être de nombreux types et leur être plus ou moins spécifiques. Exemples : plus de la moitié des salaires est versée par une seule entreprise (et ses fournisseurs locaux); il existe des risques de pénurie d'eau potable; les inondations et l'érosion augmentent, etc.

Chaque collectivité doit faire son propre inventaire en lien avec ses besoins fondamentaux. Quels sont les besoins fondamentaux des personnes qui habitent ici? Comment sont-ils satisfaits présentement? Qu'arriverait-il si...?

La globalisation de l'économie a fait en sorte que bien peu de collectivités vivent encore en autarcie. La délocalisation et la spécialisation nous ont presque tous fragilisés face à des crises diffuses dans le temps et qui peuvent venir de n'importe où. De plus, la complexité des systèmes impliqués — Nature, cultures, sociétés, économie — et leurs interactions elles aussi complexes rendent toute prévision hasardeuse.

Quoiqu'il en soit, il y aura des collectivités préparées et d'autres qui subiront les événements. Souhaitons que ces dernières soient le moins nombreuses possible.

Villes en transition | Qu'est-ce que la résilience ?

lundi 30 mars 2009

Transition et permaculture

La permaculture (concaténation de permanent et agriculture) est née dans les années 1970. Elle soutient que les habitats humains et les systèmes de production de nourriture ne doivent pas être séparés artificiellement des systèmes écologiques naturels. Il s'agît d'une approche holistique qui voit l'humanité comme une partie intégrale d'un ensemble écologique plus large et non comme une entité séparée. Cette réintégration de l'humain dans la Nature est essentielle à la survie de l'humanité.

L'idée de « prendre soin de l'environnement » est ultimement nuisible si on continue à voir la Nature comme quelque chose de séparé, à l'extérieur de nous. Cette façon de voir est née au siècle des Lumières où les promesses d'une science rigoureuse et féconde en avancées ont commencé à supplanter les superstitions et l'obscurantisme religieux (Jacques Languirand, émission Par 4 chemins du 22 mars 2009, sur Prendre soin du monde de Emmanuel Desjardins). La Nature est sauvage, souvent imprévisible et quelquefois catastrophique. Il faut soustraire l'Homme à ses caprices et la dominer/conquérir/dompter.

La Nature ne sera jamais dominée par l'humanité. Gaïa (le nom donné par James Lovelock à la Terre, organisme vivant) peut très bien se passer de l'humanité mais pas l'inverse. Il est absurde de vouloir « sauver la planète » qui survivra à tout ce que l'on peut lui infliger. Après quelques millions d'années, Gaïa sera dans un autre état relativement stable et d'autres formes de vie seront apparues. Parmi elles, peut être y en aura-t-il plusieurs qui verront l'humanité d'aujourd'hui avec le même regard que celui que nous jetons sur les hommes de Néandertal...

Mais il n'est pas encore trop tard. Il s'agit, en somme, de sauver notre propre espèce en lui faisant franchir une nouvelle étape de développement plus sage et plus naturelle. Ce que Rob Hopkins, en praticien de la permaculture, a compris. En prenant pleinement conscience des chocs que causeront le pic pétrolier et le chaos climatique sur nos sociétés, il a commencé à donner forme à l'initiative de transition. Cette transition est celle d'une société bien plus dépendante du pétrole qu'elle ne peut l'admettre vers des collectivités qui s'organisent pour s'en passer avant d'être obligées de le faire...

Transition et chaos climatique

Les média ont largement fait état de la question des « changements climatiques ». Il me semble inutile d'en rajouter. Sauf deux points qui me semblent importants.

D'abord, j'utilise l'expression « chaos climatique » parce que les expressions « changement climatique » et « réchauffement climatique » sont inadéquates en communication. Les spécialistes savent de quoi il s'agit, mais pas les citoyens ordinaires. « Changement climatique » ne qualifie pas ce qui se prépare : un changement pour mieux ou pour pire ? Et puis, un peu de changement de temps en temps, ça change le mal de place... « Réchauffement climatique » sous nos latitudes et hors canicule semble plutôt un bienfait. Un ou deux degrés de plus, ça ne ferait pas de mal...

Les gaz à effet de serre produits par les humains sont en train de déstabiliser le système complexe qu'est le climat et le pousser vers un chaos dont on ne connaît pas vraiment l'issue. Le chaos en question s'accompagne d'un nombre grandissant d'événements météorologiques extrêmes. Pas partout et pas tout le temps. Mais de plus en plus nombreux et de plus en plus extrêmes. Et les premiers touchés sont... ailleurs.

L'autre point important est lié aux combustibles fossiles. On fait dans certains cercles grand état des immenses réserves de charbon, de pétrole et de gaz qui n'ont pas encore été extraites. Comme si les deux questions n'étaient pas liées. Avant l'ère industrielle (avant la combustion intensive des carburants fossiles) la concentration de CO2 (gaz carbonique) dans l'atmosphère était de 275 PPM (parties par million). Nous en sommes à 390 PPM. Il faudrait, selon de nombreux membres du GIECC (Groupe International d'Experts sur les Changements Climatiques), revenir rapidement à 350 PPM pour éviter le pire.

Brûler ce qui reste ferait monter la concentration de CO2 dans l'atmosphère à 660 PPM, et ce ne sont là que les effets directs. Si on ajoute les effets indirects, fuites, incendies de forêts, mort des océans, fonte du pergélisol, etc. c'est une concentration de 1000 PPM qui serait atteinte. Le film de Al Gore, An Inconvenient Truth/une vérité qui dérange n'allait pas si loin...

Transition et pic pétrolier

Selon Don Paul, l'ex-directeur financier de la pétrolière états-unienne Chevron, dans un discours prononcé en 2007, la croûte terrestre renfermait environ 3 000 milliards de barils de pétrole avant que nous ne commencions à l'extraire. Nous en avons utilisé autour de 1 100 milliards. 800 milliards de barils resteront dans la Terre parce qu'inaccessibles. Il en reste donc autant à extraire que tout ce que nous avons utilisé depuis la fin du 19e siècle ? Super (sans plomb...) !

Le problème est que ce qui reste est de moins bonne qualité, plus difficile à aller chercher et, donc, moins rentable. Pas seulement en dollars : au début du boom pétrolier, 1 unité d'énergie investie dans l'extraction, la transformation et le transport du pétrole rapportait 100 unités d'énergie. Aujourd'hui, 1 unité d'énergie investie dans les sables bitumineux de l'Alberta en rapporte 3. La folie a ses limites et l'investissement énergétique global nécessaire à l'exploitation de plusieurs gisements n'en vaudra tout simplement pas la peine.

Même l'Agence Internationale de l'Énergie (jusqu'ici plutôt conservatrice dans ses prises de position) affirme maintenant que la production a atteint un plateau et qu'au-delà de 2015 la production décroîtra. D'autres disent que le vrai pic a été atteint en 2005. On chipote à propos d'une décennie... Nous avons vécu l'ensemble de notre vie dans un monde où le pétrole était abondant et bon marché (même si individuellement tous n'y ont pas eu accès) mais nos descendants vivront le contraire.

Le vieux renard Matthew Simmons, à la fois banquier de l'industrie pétrolière et chouchou des documentaires sur le pic pétrolier, ajoute deux facteurs qui pourraient contribuer à une baisse accélérée de la production de pétrole: le vieillissement de l'infrastructure et le manque de relève. Selon lui, l'infrastructure pétrolière — plate-formes de forage, pipelines, raffineries, etc. — rouille et souffre d'un grave manque d'entretien, si bien qu'il sera deviendra trop onéreux de réparer ce qui existe alors que, simultanément, le temps et le financement manqueront pour en construire de nouvelles.

Le vieillissement de la main d'œuvre l'inquiète également. Une part importante de la main d'œuvre spécialisée approche de l'âge de la retraite et Simmons ne voit pas de relève se pointer dans le... pipeline (s'cusez !). Détail intéressant: c'est à l'arrivée à la retraite de plusieurs experts de l'industrie que nous devons de voir aujourd'hui les choses sans lunettes roses. L'Association for the Study of Peak Oil (ASPO) a été fondée par des spécialistes de haut niveau qui, retraités, pouvaient enfin révéler les mensonges dont ils avaient été témoins pendant leur carrière.

Pour des articles en français sur les sujets du pic pétrolier et de la dépendance au pétrole dans nos sociétés:

Encyclopédie de la Francophonie | Pic Pétrolier

L'Encyclopédie de L'Agora: Pétrole

Pic pétrolier - Wikipédia

Dépendance au pétrole - Wikipédia

Un point de vue plus alarmiste (page traduite en français):

Wolf at the Door

lundi 16 mars 2009

Nouvel emballage

Un nouveau titre et une nouvelle ambiance pour mon site. La précédente incarnation mettait de l'avant les mots « développement responsable ». Ce choix reflétait le besoin de prendre mes distances par rapport à l'usage que faisaient les pouvoirs publics et économiques des mots « développement durable »: en somme, le même développement qu'avant, mais en faisant un peu plus attention à l'environnement — si ça ne coûte pas trop cher...

L'habitation constitue un domaine important, certes, mais qu'en est-il de l'eau, de la nourriture, des transports, de la société, et cætera? Je ne pouvais m'empêcher d'aborder ces questions dans mon livre sur l'habitation responsable et sur mon site puisque toutes ces questions sont liées.

Le nouvel emballage ne représente donc pas un changement de cap ou l'abandon des questions liées à l'habitation, mais plutôt le désir d'un cadre plus global et plus intégré.

En réalité, le seul développement qui m'intéresse est le développement humain, lequel est sérieusement menacé par les multiples crises qui déferlent sur la planète. Elles touchent la Nature, l'humanité et ses institutions. Chacune de ces crises est complexe et, par surcroît, entretient des relations complexes avec toutes les autres.

Prendre conscience de ces menaces peut être décourageant ou même terrifiant si l'on ne sait pas quoi faire au-delà des « 50 gestes verts pour la sauver la planète ». On sent qu'il faudrait bien plus que de se conformer à ce slogan insignifiant. Mais quoi? Comment? Et qu'attendent les « décideurs »?

À l'automne 2006, mon amie Andrée Mathieu m'a fait découvrir The Natural Step, un puissant outil conçu pour encadrer les démarches d'entreprises et de collectivités vers le développement durable. Il existe donc des cadres pour aborder toutes ces questions d'une façon intégrée et cohérente.

Au même moment, je découvrais sur le site Treehugger les initiatives de communautés britanniques appelées Transition Towns. L'essor rapide de ce mouvement et son approche pragmatique m'intéressent énormément. Ses instigateurs n'attendent pas de financement ni que les « décideurs » soient enfin convaincus de la nécessité d'agir avant de passer à l'action!

Le site du fondateur du mouvement (en anglais) permet, entre autres, de suivre son évolution dans le monde.

The Transition Handbook, est disponible sur le wiki Appropedia.

Il y a aussi cet autre wiki riche en ressources.

Le monde francophone ne sera pas en reste s'il n'en tient qu'à Bernard Lebleu et à ses alliés de langue française. Le site qu'ils ont développé s'étoffera rapidement.

samedi 31 janvier 2009

Heureuse année... du Buffle

L'année du Buffle (ou du Bœuf) du zodiaque chinois commençait le 26 janvier. Je suis moins en retard comme ça...

En guise de cadeau, les mots d'un graffiti vu par le cinéaste Émile Proulx-Cloutier (Le Banquet, Le Déserteur) :

Amis, gardons notre pessimisme pour des jours meilleurs !

Planimage #61

Le magazine Planimage m'a invité à rédiger un article pour son numéro portant sur les multilogements. La SCHL propose plusieurs ressources sur le sujet dans le cadre de son programme en faveur des communautés durables. Étant donné que leurs liens Internet son assez longs, j'ai offert, comme aux lecteurs de mon livre, une liste de ressources qui les conduira directement aux bons endroits.

Le site de la SCHL est divisé en deux grandes sections: une pour les particuliers et l'autre pour les professionnels. Avant d'aller dans le section des professionnels, ce document pdf pour le grand public sur le choix d'un quartier durable, constitue un excellent guide pour le choix de l'emplacement.

Ensuite, le document pdf sur l'aménagement de communautés durables constitue un survol de ce qu'il faut considérer au moment de la conception. Les nos de produits à cinq chiffres — 6XXXX — peuvent être tapés dans la case de recherche du site de la SCHL ce qui vous conduira directement à chacun des documents mentionnés. Notez que malgré les « paniers d'achats », la plupart des documents peuvent être téléchargés sans frais.

Ce lien vous conduira au portail du volet destiné aux professionnels (si vous initiez un projet de multilogements dans votre communauté, vous en êtes). Les documents principaux y sont clairement décrits et il vous sera possible de rayonner à partir de là.

mardi 20 janvier 2009

Cinglante Fred

Les amateurs de polars connaissent la redoutable efficacité de la plume de Fred Vargas. Plume mise ici au service de ce qui me tient à cœur.
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.

Mais nous y sommes. À la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. À ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. À ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas

Pour information, Fred Vargas a écrit ce texte en signe de soutien à Europe Écologie. Voir l’original.

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mardi 21 octobre 2008

Intérêts de destruction massive

La crise économique poussera bien des gens (malgré eux ou non) à revenir à l'essentiel. Est-ce catastrophique ?

Au moins, la Nature pourrait souffler un peu. En 2008, c'est le 23 septembre que l'humanité a épuisé les services et les ressources renouvelables produits par la Nature (Earth Overshoot Day). En 2007, c'était le 6 octobre. D'ici la fin de l'année, l'humanité vivra à même le capital naturel puisque les intérêts sont épuisés. L'an prochain, ce capital naturel réduit produira moins d'intérêts qui seront donc épuisés plus rapidement... si rien ne change.

La crise économique provient de l'appétit gargantuesque de trop de gens pour des intérêts (ou rendements) élevés. Un article de Charles Eisenstein (en anglais) explique très clairement la mécanique bancaire fondée sur les intérêts. L'absolue nécessité de « croissance » qu'elle implique et les inévitables conséquences du mécanisme sur le capital naturel et humain.

En somme, les sphères de la Nature, de l'espace public (the Commons) et de la vie privée doivent inexorablement être monétarisées (dévorées) afin de « créer » la croissance dont dépend tout l'appareil. J'ai lu peu de textes aussi limpides sur ce sujet complexe et je le recommande fortement.

Encore mieux, selon lui, les difficultés causées par la crise annoncent de grands changements positifs. Un extrait de sa conclusion (traduction libre) :

« L'idéologie du gain perpétuel nous a conduits à un tel état de pauvreté que nous avons du mal à respirer. C'est cette idéologie et la civilisation qu'elle a engendrée qui s'effondrent aujourd'hui.

Tout ce que nous faisons, individuellement et collectivement, pour résister et repousser l'effondrement de cette idéologie ne fera qu'aggraver les choses. Si vous voulez survivre aux multiples crises qui déferlent présentement, n'essayez pas de leur résister. Résister et s'accrocher au passé relèvent de la fiction de la séparation. Essayez plutôt de laisser votre façon de voir les choses évoluer vers la réunion, et pensez à ce que vous pouvez donner. Comment pouvez-vous contribuer à embellir le monde ? Cela est votre seule responsabilité et votre seule sécurité. Ce dont vous avez besoin pour survivre et être heureux viendront à vous sans effort parce que vous vous faites à vous-même ce que vous faites au Monde. »

dimanche 19 octobre 2008

Vous avez dit « réelle » ?

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de l'économie « réelle » en opposition avec la bulle financière qui vient d'éclater. Mais combien réelle est-elle ?

L'économie des États-Unis est, en bonne partie, une économie de services dont plusieurs sont liés à la prospérité ou à l'illusion de prospérité entretenue par un crédit facile. Des millions d'emplois dépendent des caprices et des envies des gens ordinaires. Enlevez le superflu, le discrétionnaire, le facultatif et les gâteries dont la classe moyenne devra se passer si elle veut au moins tenter d'éviter la faillite et que restera-t-il ?

N'étant pas économiste devin, il est fort possible que je me trompe, mais je pense que l'explosion de cette bulle aura des conséquences plus vastes que la précédente. Les états-uniens seront-ils capables de recommencer à produire le nécessaire et l'essentiel dont ils ont besoin?

samedi 18 octobre 2008

Slow toutte !

Ce titre a bien fait rire l'auditoire de ma conférence au Lac Brome le 27 septembre. Dans son édition de cette semaine-là, l'hebdomadaire gratuit Ici publiait en page 78 un article de Sarah Poulin-Chartrand intitulé SLOW, LE QUÉBEC ? Tous les mouvements slow connus y passaient : nourriture, voyages, vélos, design, villes, travail, éducation des enfants, vêtements... Malheureusement, je n'ai pas trouvé l'article en ligne.

En résumé, on peut dire que le mouvement slow nous propose de prendre le temps de faire les choses avec soin, d'apprécier ce qui est fait avec soin et d'en profiter pleinement.

Sarah Susanka, que je mentionnais dans ma conférence, s’est d’abord intéressée aux petites habitations bien conçues (efficaces) avec sa série Not so big house. Sa recherche l'a naturellement conduite à s'interroger sur sa relation au temps, au fait qu'elle soit toujours débordée, dans The not so big life: making room for what really matters. Je citais également l'écrivain états-unien Paul Auster selon qui « Les choses les plus précieuses sont plus légères que l'air ».

L’espace et le temps sont les deux faces de la même médaille. Être moins occupé rend disponible à ce qui compte le plus. Cela permet d'être chez soi dans le monde ici et maintenant et d'habiter pleinement sa vie. On a alors besoin de beaucoup moins sans pour autant se priver. L'équation slow = small = simple est un enrichissement.

Il ne faut pas oublier que le « Time is Money » avec lequel on s'est tellement fait bassiner est réversible. Nous pouvons « perdre » tout le temps que nous voulons si notre vie ne coûte pas cher, c'est-à-dire si nos besoins sont aisément satisfaits. Surtout en ces temps de crise économique...

Conférence donnée au Projet Écosphère

Belle surprise au Lac Brome le 27 septembre où j'ai eu le plaisir d'être invité à donner une conférence dans le cadre de l'événement Projet Écosphère. Le site était magnifique et l'ambiance apaisante. Les visiteurs étaient visiblement très intéressés par la profusion de ressources disponibles et de nombreux liens se sont tissés. Un véritable succès !

Le chapiteau qui m'était alloué débordait littéralement (on parle du record d'assistance aux conférences). Pourtant, je ne suis pas une célébrité et la seule chose qui ait pu attirer autant de monde était la description fournie sur le site et dans le programme de l'événement :

Penser sa maison verte
Sauter aux conclusions n'est jamais une bonne chose. Et choisir en fonction de la mode n'est pas une bonne idée pour une habitation où l'on vivra, souhaitons-le, pendant plusieurs décennies. Alors, quels principes fondamentaux faut-il respecter ? Comment devrait-on s'y prendre ? Et, surtout, par où faut-il commencer ?

Avec un sujet aussi abstrait, j'aurais été content d'offrir ce que j'avais préparé à une douzaine de personnes. Mais j'ai sous-estimé l'occasion et, à l'évidence, beaucoup de gens sont prêts à prendre le temps de réfléchir et endossent déjà les positions que je propose dans mon livre. Les questions de l'auditoire le prouvaient par leur pertinence et leur qualité. J'irai plus loin quand une autre occasion se présentera.

Projet Écosphère se propose de mettre en ligne certaines des présentations, dont la mienne. À suivre...

Projet écosphère

dimanche 7 septembre 2008

Le «Living Building Challenge» mentionné au chapitre 11

La nouvelle version (1.3) de la norme Living Building est disponible en ligne depuis le mois dernier (document pdf).