l'animal ne court pas le risque d'être inanimal.
Guillaume Dasquié dans La ville des mensonges,
Éditions Robert Laffont, 2009
Descente énergétique, décroissance et résilience des communautés
Le pic pétrolier et le chaos climatique peuvent être intenses et inquiétants dans leurs implications et dans les effets qu’ils auront sur nous. De la même façon que la plupart des gens se souviennent d’où ils étaient le 11 septembre 2001 ou, pour les plus vieux, quand le Président Kennedy a été assassiné, la plupart de ceux qui sont conscients du pic pétrolier et du chaos climatique peuvent raconter quand et comment leur prise de conscience est survenue — leur moment End of Suburbia*. Nous pensons qu’en plus de comprendre ces enjeux, il est impératif de ne pas prétendre qu’il s’agit seulement de questions purement rationnelles, de tête. Nous devons également nous préoccuper du cœur et admettre que cette information est troublante, qu’elle nous affecte tous et que la façon dont elle nous affecte détermine en retour comment nous réagirons ou ne réagirons pas.
Un autre concept important abordé dans cette section est celui de l’élaboration d’une vision collective et de la puissance d’une telle vision de l’avenir. Les écologistes tentent trop souvent de pousser les gens à l’action en les effrayant à l’aide de scénarios apocalyptiques. Or, voici la question que pose cette deuxième partie : « Qu’arriverait-il si nous passions à l’action par l’autre bout, en illustrant une vision de l’avenir si attirante que les gens se sentiraient instinctivement attirés par elle ? »
Ce qui suit est une vision créative de ce que [notre vie] pourrait être en 2030 si nous voyons la clé de notre avenir dans une plus grande résilience, des économies plus locales et une consommation d’énergie fortement réduite. Car au sein même des défis que posent le pic pétrolier et le chaos climatique se trouve une occasion en or de réinventer, repenser et reconstruire le monde qui nous entoure.
Au cœur de cette section apparaît, finalement, l’évidence que l’ampleur de cette transition nécessite des ressources personnelles intérieures qui dépassent la simple compréhension abstraite. Ce terrain, relativement nouveau pour le mouvement environnemental, est crucial pour notre succès et essentiel pour mobiliser le nombre de personnes nécessaires à une tâche d’une telle ampleur.
Il est préférable de penser à ce qui se passe comme à une révolution, non par les armes, mais de la conscience. Elle sera gagnée en s’appropriant les mythes-clés, les archétypes, les eschatologies et les extases de telle façon que la vie ne semblera pas mériter d’être vécue si l’on n’est pas du côté de cette énergie de changement.
Gary Snyder
Pour sauver la planète, nous n’avons pas besoin de percées technologiques miraculeuses ou d’énormes capitaux. Essentiellement, nous avons besoin d’un changement radical dans notre façon de penser et dans nos comportements.
Ted Trainer
Les incertitudes de notre époque ne justifient pas d’être certains du bien-fondé du désespoir
Vandana Shiva
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.
Mais nous y sommes. À la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. À ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. À ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas
Penser sa maison verte
Sauter aux conclusions n'est jamais une bonne chose. Et choisir en fonction de la mode n'est pas une bonne idée pour une habitation où l'on vivra, souhaitons-le, pendant plusieurs décennies. Alors, quels principes fondamentaux faut-il respecter ? Comment devrait-on s'y prendre ? Et, surtout, par où faut-il commencer ?