samedi 26 décembre 2009

Globalisation à la sauce Dickner

L'écrivain généraliste Nicolas Dickner, auteur de Nikolski et de Tarmac, chronique dans le journal Voir. Une portion d'intelligence et d'invention qui me réjouit à chaque semaine. Sa chronique du 9 décembre, 80% coton, 20% polyester est un bijou. Je l'ai lue à mes invités le jour de Noël et ils m'ont encouragé à vous la recommander!

Noël à la Kunstler

Pas toujours facile à citer, l'ami Kunstler. L'auteur de The Long Emergency et World Made by Hand, entre autres, est un pamphlétaire souvent virulent sur son blogue kunstler.com.

Il concluait ainsi sa chronique du 14 décembre, intitulée Hostage Situation (traduction libre):

Ne pouvons-nous imaginer un meilleur rêve américain, même en incluant Noël? Je pense que nous le pouvons. Il faudrait libérer les psychés des états-uniens de leur soumission à tout ce qui est gros, dans leur travail, leurs cultes et leurs loisirs. Si vous croyez que Barack Obama est l'otage de Wall Street, interrogez-vous un moment sur la reddition volontaire des états-uniens face à la tyrannie de tout ce qui les rabaisse au niveau de simples « consommateurs ». Nous sommes en route — et nous ne nous en rendons pas compte — vers une nation à nouveau composée de communautés où la réputation compte vraiment et où celle-ci repose sur la cohérence entre vos actes et l'authenticité. Plusieurs iront sur ce chemin à reculons et en se lamentant. Bien des nuits obscures, froides et humides nous attendent sur la route. Mais nous arriverons à un endroit où les âtres brillent de tous leurs feux et où les fantômes oubliés de notre fibre nationale nous attendent: courage, patience, générosité, humour. Voilà un Noël qui méritera d'être vécu et dont on voudra se souvenir!

jeudi 1 octobre 2009

Buffet complet

C'est le titre d'un blogue iconoclaste, œuvre d'amis de Montréal. Iconoclaste ne veut pas dire innocent. Les politiciens y en prennent pour leur rhume... ainsi que les élites qui les dirigent.

Ici, il s'agit des banquiers dans un « faites ce que je dis, pas ce que je fais » révélateur.

Annonce

Ce que j'ai écrit à propos des Initiatives de Transition jusqu'à maintenant vous laisse sur votre faim ? Voilà l'occasion de satisfaire votre appétit !

Villes en Transition
Journée d’information le 7 novembre 2009 de 9h à 17h
local A-2860, Pavillon Hubert-Aquin de l’UQÀM

400, rue Sainte-Catherine est, Montréal

La journée est organisée par le Comité provisoire québécois des villes en transition avec la collaboration d’Aliments d’ici, de Post-Carbone Montréal, du Réseau québécois pour la simplicité volontaire, du Mouvement québécois pour une décroissance conviviale et du Groupe de recherche d’intérêt public de l’UQAM pour faire connaître l’initiative des Villes en transition (Transition towns).

Cet étonnant modèle de mobilisation citoyenne — qui a démarré en Irlande avant d’essaimer en Europe et outre-mer — connaît partout un franc succès. L’expérience concrète de centaines de collectivités dites en Transition suscite de l’intérêt partout où des gens soucieux de l’avenir de la nature et de l'humanité s’interrogent sur les moyens à prendre pour œuvrer à un avenir meilleur.

L'approche positive des Villes en transition part de ces constats :
  • l’arrivée du pic pétrolier et sa conséquence sur le coût du transport et de la production de nombreux biens de consommation courante (dont les aliments);
  • le réchauffement climatique et les désordres qui perturbent déjà beaucoup de communautés de la planète.
Suite à ce double constat, les communautés locales (quartiers, villages, petites villes) peuvent se mobiliser sans attendre, chacune à leur manière, afin d’utiliser au mieux leurs ressources et d’améliorer ainsi leur capacité à répondre à leurs besoins malgré les difficultés à venir (leur résilience). Le rapatriement au niveau local des services nécessaires diminue les gaz à effet de serre, réduit la consommation de ressources et contribue à une société plus conviviale, plus autonome et plus sécuritaire.

Des informations sur les ressources déjà disponibles sur le Net et auprès des groupes présents seront disponibles sur place.

Afin de nous permettre de bien planifier cette journée, veuillez confirmer votre présence par courriel en précisant le nom de chaque personne et son lieu de résidence. Inscrivez-vous rapidement à : quebec@villesentransition.net

Une contribution de 10$ (payable sur place à l’arrivée) permettra de couvrir les frais. Le nombre de places est limité.

Programme de la journée

9h00 Ouverture
Petite histoire du mouvement (Michel Durand*)

9h50 Le pic du pétrole et ses conséquences éventuelles (Normand Mousseau**)

10h20 Pause

10h40 Agir concrètement pour lutter contre les gaz à effet de serre
(Serge Mongeau***)

11h10 La mise en marche d’un projet de Ville en transition

12h00 Pause repas

13h30 Des expériences concrètes de Villes en transition :
  • Coaticook, Sutton et Ottawa (représentantEs à confirmer);
  • ailleurs dans le monde (Michel Durand)
14h50 Pause

15h10 Ateliers-discussion : lancer un projet dans différents milieux
  • Atelier 1 : ville de taille moyenne ou quartier de grande ville
  • Atelier 2 : banlieue
  • Atelier 3 : village
16h00 Rapports des ateliers et plénière

16h30 Suites à donner à la journée

* Michel Durand a suivi la formation officielle dispensée par le réseau des Villes en transition et est l’auteur du Guide de la maison verte (La Presse, 2008).

** Normand Mousseau : Professeur agrégé au Département de physique de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal; auteur de
Au bout du pétrole (MultiMondes, 2008).

*** Serge Mongeau : Écrivain, auteur de L
a simplicité volontaire, plus que jamais... (Écosociété, 1998) et directeur de l’ouvrage collectif Objecteurs de croissance. Pour sortir de l’impasse: la décroissance (Écosociété, 2007).

lundi 21 septembre 2009

Avalanche médiatique

Il y a peu, j'ai signalé la parution d'un article significatif dans le Harvard Business Review et en ai traduit quelques extraits. Depuis, c'est l'avalanche : Foreign Policy sort un dossier sur le pétrole, le réputé hebdomadaire New Scientist consacre quatre numéros aux raisons d'être optimiste et même la vénérable revue Commerce qui y va de trois (oui trois !) numéros spéciaux consacrés à notre dépendance au pétrole. Il y en a bien d'autres où il est également question du climat, de la décroissance, de la Nature, etc. Tellement d'ailleurs que j'ai renoncé à en rendre compte et à en citer des extraits, sauf dans des cas exceptionnels.

Aucun de ces dossiers n'est parfait et quiconque étudie ces questions depuis un certain temps n'y apprendra rien. De plus, l'obligation d'offrir au lecteur un point de vue « équilibré » donne une importance disproportionnée aux jovialistes / négationnistes / désinformateurs de tout acabit. Cependant, il est très significatif que ce type de publications en traite d'une telle façon. Leur rôle n'est pas d'être à la fine pointe des phénomènes émergents, mais d'en rendre compte juste avant qu'ils deviennent répandus. Nous ne pouvons plus dire que les médias obéissent à l'omerta dominante.

Les projecteurs se tournent maintenant vers les politiciens. Ne retenons pas notre respiration... si on se fie à la récente entrevue accordée à l'ASPO USA par Robert Hirsch. Un résumé suivra bientôt...

Le coût des banlieues

Kunstler, l'auteur de The Long Emergency, publie une chronique hebdomadaire virulente et sans complaisance. Malheureusement, le ton est assez souvent injurieux ce qui limite sa diffusion. La chronique de cette semaine, Original Sin, est différente. Un survol historique bien ficelé sur l'interdépendance entre banlieues, pétrole et économie. Un must si vous lisez l'anglais !

vendredi 18 septembre 2009

Phosphore, cycle et pic

Le phosphore joue un rôle important dans nos corps et en agriculture. Le magazine New Scientist laisse entendre que la crise du phosphore est aussi grave que celles de l'eau et du pic pétrolier.

Un allié, Claude Saint-Jarre, se préoccupe de la question de l'alimentation dans la période pic de tout dans laquelle nous sommes entrés. Il a demandé son opinion à plusieurs personnes dont Patrick Déry du Groupe de recherches écologiques de La Baie (GREB).

La tenue d'une rencontre spécifique sur le sujet sera annoncée cet automne. La question est pertinente pour toute les initiatives de Transition à naître au Québec : pouvons-nous réellement, ici au Québec, nourrir toute notre population avec une agriculture fondée sur les principes de la permaculture et de l'agriculture biologique ?

Une chronique sur le phosphore écrite récemment Patrick Déry fournit de précieux éléments de réflexion.

jeudi 17 septembre 2009

Mot à mot honni

Les mots servent à exprimer les idées ; quand l'idée est saisie, oubliez les mots.
Tchouang-Tseu

Surprise de Harvard

J'ai récement feuilleté l'édition de septembre 2009 du prestigieux Harvard Business Review dont le thème était l'économie « verte ». Sans grande surprise, rien de bien nouveau dans ce dossier. Par contre, dans la section Forethought (prévision, anticipation), un titre m'a tout de suite frappé: Doing Business in a Postgrowth Society. Compte tenu du contexte, on peut dire que l'auteur James Gustav Speth n'y va pas de main morte. L'article commence ainsi:
Les dirigeants d'entreprises semblent supposer, à toutes fins pratiques, que l'économie des pays riches peut (et même doit) continuer à croître le plus possible malgré les preuves de plus en plus accablantes des effets néfastes de la croissance sur l'environnement, entre autres. Ils doivent s'habituer à l'idée d'une société sans croissance.
La croissance illimitée du PIB est aussi insoutenable que la croissance illimitée de la population. Pourtant, l'engagement envers la croissance économique sans fin persiste alors qu'elle cause plus de problèmes qu'elle n'en règle. Elle sape les emplois, les communautés, l'environnement, les sentiments d'appartenance et de continuité et même la santé mentale. Cette croissance nourrit une recherche forcenée d'énergie et d'autres ressources à l'échelle mondiale. Elle repose sur une société de consommation fabriquée par le marketing et qui ne satisfait pas les besoins humains les plus fondamentaux.
Bientôt, les pays développés évolueront vers le monde de l'après croissance où la qualité de vie au travail, la nature, les communautés et le secteur public ne seront plus sacrifiés sur l'autel de la sacro-sainte croissance du PIB et où les promesses illusoires d'expansion ininterrompue ne pourront plus servir d'excuses pour ignorer les besoins sociaux impérieux.
La crise économique nous enseigne déjà à vivre plus simplement. Le fait d'être moins tournés vers l'acquisition et la dépense (en partie parce qu'il y a moins à dépenser) aide les consommateurs (!) à redécouvrir que les choses vraiment importantes dans la vie ne se trouvent pas au centre commercial ou, même, ne sont en vente nulle part. Le matérialisme, nous le savons maintenant, est un poison pour le bonheur. [...]
Dans cet article, l'encadré Will Technology Alone Save Us? met en perspective la foi envers les solutions technologiques:
[...] faire face aux défis environnementaux tout en poursuivant une expansion économique rapide demanderait un rythme de changement sans précédent et extrêmement ardu.
Jusqu'à maintenant, la croissance a toujours annulé les gains technologiques destinés à protéger l'environnement. Il est concevable, par exemple, que telle innovation puisse réduire tel type d'émissions industrielles de moitié; mais si la croissance double le nombre d'usines, nous ne serons pas plus avancés. L'habitation, les appareils et les transports deviendront inévitablement plus efficaces sur le plan énergétique, mais ces gains seront annulés par des maisons plus grandes, une pléthore de nouveaux appareils et par une augmentation des distances parcourues. [...]
Ce M. Speth n'est pas le dernier venu. Il est le doyen de l'Université Yale. La surprise ne vient pas tant de la nature de ses propos, que du fait qu'ils aient été publiés dans ce magazine lu par un très grand nombre de gestionnaires de haut niveau. Son texte donne l'impression qu'il veut simplement réformer le système capitaliste et l'adapter aux nouvelles réalités. Une entrevue qu'il a accordée à TreeHugger révèle un peu plus le fond de sa pensée:
[...] Nous avons besoin de consacrer plus de temps à imaginer un nouveau narratif qui nous rassemble. [...] Nous avons besoin d’un conception alternative de ce que l’économie est réellement.
L’expression « économie soutenable » m’attire. L’économie devrait réellement être l’instrument qui soutient les communautés, le bien-être humain et la nature. [...] Pour le moment, l’économie n’est qu’une fin en soi... au service des puissants. Elle n’existe pas pour nos communautés. [...]
Le capitalisme et le socialisme ne sont que des concepts sur le mode de propriété. Cette lutte à propos de qui possèdera quoi est moins importante aujourd’hui que la lutte pour trouver un sens à tout ça. Qui l’économie sert-elle réellement? Il s’agit moins de savoir qui possède que de savoir qui l’économie soutient. [...]
Plus loin, à propos du mouvement environnemental:
Pendant toutes ces décennies, le discours environnemental a été dominé par les avocats, les économistes et les scientifiques. Ce discours faisait l’affaire puisque nous sentions fondamentalement que la population suivait. Ce qui était le cas dans les années 1970. Mais Reagan a fait campagne contre l’environnement en 1980 et il a gagné.
[...] Le rôle primordial de la motivation, de l’esprit et du cœur nous avait échappé à l’époque, mais nous le voyons mieux aujourd’hui, je l’espère. Ce sont des sources d’action de nature psychologique et philosophique. Les arts, la littérature et la poésie y jouent un grand rôle.
L'introduction de son livre The Bridge at the Edge of the World mérite le détour. Speth y démontre que le système économique actuel doit être remis à sa place en tant qu’outil au service des sociétés humaines. Cette économie doit être imaginée et nommée. Speth s’interroge sur l’étiquette que devrait porter cette nouvelle économie (j’ai déjà entendu « communalisme »). Les mots « capitalisme », « socialisme » et « communisme » appartiennent à l’ancien monde. Et si nous inventions cette nouvelle économie du nouveau monde avant de lui trouver un nom? Après tout, plusieurs artistes ne nomment leur œuvre qu’après l’avoir terminée...

mardi 15 septembre 2009

Terres rares, mise à jour

Voici quelques informations additionnelles, tirées d'un article publié sur le blog hybridcars, à propos du contrôle de la Chine sur les terres rares.

La Chine produit +95% de ces métaux parce que ses prix défient toute concurrence à cause de sa main d'œuvre (encore) bon marché, mais aussi à cause de sa réglementation environnementale moins... contraignante.

Il existe des mines de terres rares ailleurs dans le monde, en Australie, aux États-Unis et au Canada, entre autres. On peut supposer que le renchérissement de ces ressources entraînera une reprise ou une hausse de leurs activités.

Pour le moment, les analystes et les gens de l'industrie automobile affirment qu'en cas de pénurie des alternatives pourraient prendre le relais. On pourrait même s'en passer, par exemple, si on utilisait des moteurs à induction.

Un commentaire de lecteur alimente la thèse du complot, mais l'information est dépassée. La mine californienne de Mountain Pass, qui est considérée comme la plus grande source de terres rares à l'extérieur de la Chine, est vraiment passée entre les mains de Union Oil of California et de Chevron. Elle appartient maintenant à une société indépendante, MolyCorp Minerals LLC, selon le site de la compagnie.

Tout va donc pour le mieux : il faudra seulement payer plus cher...

jeudi 3 septembre 2009

De la terre dans le stator

Quand quelque chose cloche, on dit qu'il y a du sable dans l'engrenage ou de l'eau dans le gaz. Dans ce cas-ci, la terre dans le stator réfère aux technologies électriques qui, nous l'espérons, prendront le relais du pétrole : automobiles hybrides ou tout électriques, éoliennes, tramways, trains à sustentation magnétique, etc. Or, des métaux (des éléments appelés « terres rares ») tels le dysprosium, le terbium et le neodymium sont nécessaires en grandes quantités dans les moteurs, les piles et les génératrices de ces technologies dites « vertes ». Par exemple, une turbine de grande éolienne contient près de 1 500 kg de neodymium !

L'os dans la soupe ? Plus de 95 % de l'extraction et de la production mondiale est faite en Chine qui n'est plus tellement intéressée à exporter ces matières premières. Elle préfère vendre les produits finis qui en contiennent... s'il en reste, car dès 2012 sa consommation intérieure dépassera sa production. L'inquiétude est grande en Occident : comment baser notre avenir sur des technologies dont nous ne contrôlons pas une des composantes essentielles ? Un peu comme le pétrole, mais en pire.

Pour le moment, il existe des paliatifs : on estime que le Japon, le plus grand importateur de terres rares, se procurerait 10 000 tonnes par année sur le marché noir... Les constructeurs d'automobile songent à produire leurs véhicules hybrides et électriques en Chine. Mais la hausse du coût de transport consécutif à la hausse inévitable du prix du pétrole rendra tous ces véhicules inabordables pour la plupart des gens. Seuls les riches pourront rouler en automobile conventionnelle, hybride ou électrique. Mieux vaut tabler sur des villes sans automobile.

Selon des informations contenues dans deux (1, 2) articles de TreeHugger (en anglais).

Nous embauchons

Paul Hawken est un incontournable de la pensée environnementale, sociétale et économique. Le 3 mai dernier, il s'adressait à la promotion 2009 de l'Université de Portland, en Oregon. Son texte m'avait émerveillé, mais je ne pouvais m'attaquer à sa traduction. Mon amie Andrée vient de me signaler qu'une très bonne traduction en français est maintenant disponible : « Vous êtes géniaux, et la planète embauche ! ». À lire!

samedi 29 août 2009

Tout est dans le regard

Nous ne voyons jamais les choses telles qu'elles sont, nous les voyons telles que nous sommes.
Anaïs Nin

mercredi 26 août 2009

Réveil brutal

Un clip brillant réalisé par Leo Murray du Royaume-Uni. L'idée d'aller en enfer peut donner froid dans le dos...

Plusieurs personnes familières avec la complexité du chaos climatique (moi inclus) considèrent que Murray a réussi un tour de force de vulgarisation.

Note: les 40 premières secondes ne donnent pas une idée juste de la chose.

mardi 25 août 2009

Perception

Vous n'êtes pas pris dans le traffic.
Vous êtes le traffic.

Source inconnue (vue dans l'exposition La vitesse et ses limites en cours au CCA ou en feuilletant le livre Traffic de Tom Vanderbilt, Knopf Canada, 2008 — un ouvrage passionnant sur ce sujet; la lecture de la table des matières est en soi une expérience enrichissante)

jeudi 20 août 2009

Jason Bradford, Willits, California

Je présente aussi souvent que possible la bande annonce du film Escape from Suburbia (la suite de End of Suburbia) qui montre la prise de conscience de la communauté de Willits en Californie face à l'arrivée du pic pétrolier. Une galerie de personnages irrésistibles.



Pour moi, Willits est, à plusieurs points de vue, une des communautés de transition les plus avancées. Mais ce n'est pas une initiative de Transition... L'initiateur de ce mouvement communautaire est Jason Bradford, docteur en biologie évolutive. Il raconte son cheminement dans Outpost Guide, Willits Chapter de mars 2005 que j'ai traduit (document pdf ici).

Richard Heinberg du Post-Carbon Institute a remarqué cette initiative. Il a également eu un impact décisif sur Rob Hopkins, alors que celui-ci enseignait à Kinsale en Irlande, qui allait devenir le fondateur des Transition Towns.

Il semble que les responsables de l'éveil de Willits au pic pétrolier aient été invités à exposer leur façon de faire à Kinsale: Brian Weller de Willits est allé y faire une présentation. Qui a pris quoi à qui? Impossible de le savoir. Mais Jason Bradford, dans la correspondance que j'ai eue avec lui, ne semblait pas amer. L'idée était dans l'air et, en bon scientifique, il sait que les uns construisent sur le travail des autres. D'ailleurs, dans son Message aux presque convertis, il invite les gens à se joindre au mouvement de Transition.

Le Post-Carbon Institute appuie maintenant les initiatives de Transition... auxquelles Richard Heinberg tente maintenant d'insuffler un sentiment d'urgence. Mais ça c'est une autre histoire...

Jeffrey Rubin, après

Comment voulez-vous écrire un livre qui annonce la fin de la globalisation et conserver votre emploi d'économiste en chef pour les marchés mondiaux dans une grande banque ? Signe de cohérence ou transition forcée, la publication du livre Why your World is about to become a whole lot smaller coïncide avec la démission de Jeffrey Rubin de la CIBC (Canadian Imperial Bank of Commerce). Le ton de son livre indique qu'il se prépare déjà à ce qu'il annonce. Il abandonne un gros revenu et se contentera des redevances de son livre, des honoraires de ses conférences et peut-être du rendement de judicieux placements. Rien ne dit qu'il perdra au change. Je ne serais pas surpris de le voir impliqué dans un projet de relocalisation.

mercredi 10 juin 2009

Un monde plus petit, beaucoup

Tout de suite après une fin de semaine occupée, vendredi par le visionnement du film Home, samedi, par une opération nettoyage des berges du fleuve Saint-Laurent à Longueuil, suivie par une visite à l'événement Vivre vert où Yves Perrier donnait une fort instructive conférence sur les toits et les murs végétaux, et un dimanche à Kingsey Falls où se tenait la première édition de Rouler vert, une conférence de fort calibre donnée par Pierre Langlois, auteur de Rouler sans pétrole, je me suis lancé dans la lecture de Why your World is about to become a whole lot smaller de Jeff Rubin. Il me semblait impossible de ne pas le résumer ici puisqu'il faudra sans doute un bout de temps avant qu'il ne soit traduit. Mais d'abord, François Cardinal de La Presse en a déjà fait une bonne partie en plus d'y ajouter une entrevue avec l'auteur. Pourquoi s'en priver?
Les conclusions de Rubin rejoignent celles de James H. Kunstler et des Initiatives de Transition : pour la plupart des gens, une diminution importante de la quantité de pétrole utilisée, une vie beaucoup plus locale, axée bien davantage sur l'agriculture et la fabrication, moins de banlieues, plus de densité, plus de transports en commun, moins de voyages lointains et, en général, moins de superflu et d'éphémère.

Le bouquin de Rubin commence avec une histoire savoureuse :

« Dans l'économie globale, on ne pense pas aux distances en milles mais en dollars. Si le pétrole est bon marché, la distance entre une usine et une salle de montre ou entre un champ et le supermarché n'a absolument aucune importance.

Un saumon de l'Atlantique pêché au large des côtes de la Norvège se promènera autour du monde au même titre qu'un roulement à billes ou un microprocesseur. Premièrement, il est apporté à un port norvégien où il est congelé et transféré dans un autre navire, lequel à son tour, l'apportera dans un plus grand port comme Hambourg ou Rotterdam où il sera transbordé dans un autre bateau et envoyé en Chine où le saumon entier sera décongelé et transformé en filets grâce aux mains expertes de milliers de jeunes femmes dans une immense usine de Qindao, la capitale chinoise de transformation de poissons. Puis les filets sont recongelés, emballés, placés sur un vaisseau porte-containers et expédiés à un supermarché européen ou nord-américain. Deux mois après avoir été capturé, le saumon est décongelé, disposé sur un lit de glace concassée sous un éclairage appétissant et vendu comme "frais". »

Conséquemment, si le pétrole est cher, la distance redevient importante et ces frivolités ne peuvent plus continuer. Le pic pétrolier = le pic de la globalisation.

Si l'on croit certains experts, ceux-ci ont une grande connaissance des récessions. Rubin n'est pas d'accord :

pp. 5 à 7: « Mais l'histoire de l'économie globale moderne n'est pas si longue, et il vaut la peine de se demander si l'on peut s'attendre à ce que les comportements observés dans les dernières décennies se répéteront à l'avenir. Il y a déjà eu des récessions déclenchées par des prix élevés pour le pétrole, mais dans chaque cas le remède était à portée de main: de nouveaux approvisionnements de pétrole bon marché.

C'est simple — tant qu'un tel approvisionnement existe. Sinon, la façon de se sortir d'une récession doit être réinventée parce que rien ne ressemble à ce qui s'est déjà passé. [...]

Si vous avez compris que la demande [en pétrole] était très forte pour une quantité relativement fixe [ce qui explique les prix élevés de l'été 2008], vous aviez et avez encore raison.

Cela signifie que dès que l'économie donnera des signes de reprise, les prix du pétrole vont reprendre leur trajectoire haussière. Et plutôt tôt que tard étant donné que les projets d'exploitation des gisements plus coûteux ont été abandonnés suite à la baisse du prix du baril consécutive à la récession. Le prix du brut va continuer à augmenter jusqu'à ce qu'il déclenche une nouvelle récession. Tant qu'il faudra une quantité spécifique de pétrole pour produire un certaine quantité d'argent ou de PNB, nous verrons nos économies étranglées par la hausse des prix dès qu'elles se rétabliront après une récession.

Mais les choses ne doivent pas nécessairement se passer comme ça. Une façon de réduire la quantité de pétrole nécessaire pour faire marcher l'économie est de rapetisser votre monde. Et c'est exactement ce qui va se produire. »

Ces jours-ci, le baril de pétrole se transige à environ 70$US simplement parce que la détérioration de la situation économique semble ralentir. Une légère reprise est prévue en 2010. Avant le pic, la production de pétrole augmentait à peu près au rythme de la demande. Plus on en voulait, plus on en produisait. Maintenant que la demande excède l'offre, on se retrouve dans un environnement à somme nulle (zero-sum game). Quand quelqu'un augmente sa consommation à un endroit elle doit diminuer ailleurs.

p. 64: « Il ne peut y avoir qu'un certain nombre d'automobiles [et d'autres moyens de transport alimentés avec du pétrole] sur la route, parce qu'il y a une quantité limitée de pétrole pour les faire rouler. Donc, pour chaque Tata [Inde] et Chery [Chine] qui sort de chez un concessionnaire de l'autre côté du globe, une autre auto devra être laissée dans l'entrée quelque part ailleurs — peut-être dans votre entrée.

C'est dans les pays où le prix de l'essence est le plus élevé et où la façon de se déplacer est la plus sensible aux changements de prix du carburant que ces transferts nécessaires auront lieu. Ces marchés sont tous situés dans les riches pays de l'OCDE. De loin le plus gros marché et le plus sensible aux prix à la pompe est aux États-Unis où les ajustements se font déjà sentir. »

La tendance va s'accélérer parce que les pays producteurs de pétrole en consomment de plus en plus et en exportent de moins en moins. Pas surprenant quand on sait qu'un gallon d'essence à la pompe coûte 25¢ au Venezuela et 50¢ en Iran ou en Arabie Saoudite ! La consommation des pays producteurs de pétrole augmente d'environ 5% par année, le double du rythme de croissance mondial. Chaque augmentation du prix du baril de pétrole apporte plus d'argent dans ces pays et... oui, entraîne une augmentation de la consommation intérieure et une diminution des exportations...

Cette augmentation n'est pas seulement liée aux transports. L'Arabie Saoudite veut tripler sa production d'électricité d'ici 2020 avec l'ajout de centrales thermiques alimentées au gaz ou au pétrole. La demande en électricité est gigantesque, surtout à 1¢ le kW/h ! Le pétrole sert aussi à produire de l'eau potable dans les usines de désalinisation (une consommation prévue de 1 million de barils de pétrole par jour pour le Moyen-Orient d'ici 2020). Et à alimenter une industrie pétrochimique en forte expansion (la valeur ajoutée est plus grande quand on transforme d'abord une ressource sur place avant de l'exporter). Et à cultiver dans des pays arides, question de ne pas importer toute sa nourriture. Ou à permettre à des gens de skier à Dubaï, sous un climat torride, moyennant une consommation de 3 500 barils de pétrole (556 000 litres) par jour... Dubaï où la demande en électricité croît de 15% par année malgré que la consommation d'énergie par personne y soit déjà le double de celle de nos voisins du sud...

Cela s'ajoute à la forte augmentation de la consommation en Chine et en Inde, deux pays dont le développement serait freiné par des coûts élevés de l'énergie. L'Inde a dépensé 10 milliards de dollars en 2008 pour atténuer le choc que nous avons connu l'été dernier.

L'efficacité énergétique est-elle la solution ? Rubin consacre quelques pages à l'effet rebond, un concept décrit par William Stanley Jevons au 19e siècle et repris plus récemment par, entre autres, Daniel Khazzoom et Leonard Brookes. En bref, les gains en efficacité énergétique se traduisent presque toujours par une augmentation de la consommation. Par exemple, la consommation d'énergie pour chaque dollar de PNB aux États-Unis est tombé de 50% depuis 1975 mais la consommation a augmenté, pendant la même période, de 40%. Les gains en efficacité de l'ordre de 30% des moteurs à combustion interne a simplement encouragé l'utilisation accrue de véhicules plus gros, plus lourds, plus luxueux, plus performants et une augmentation des distances parcourues. Le moteur est plus efficace mais la consommation de pétrole augmente. Le même phénomène se produit à la maison et pour les voyages en avion.

pp. 96 et 97: « Dans le passé, le paradoxe de l'efficacité a servi d'argument contre l'efficacité énergétique autant que contre la conservation [de l'énergie]. Cela n'est certainement pas ici mon intention.

Au contraire, face au plus grand défi énergétique de notre époque, le besoin d'efficacité énergétique n'a jamais été aussi grand. Mais en même temps, nous devons tirer les leçons du passé quant à ce paradoxe.

Si l'efficacité doit conduire à une réelle conservation, on doit empêcher les consommateurs de profiter de ces initiatives pour consommer davantage. En bref, on ne peut laisser baisser le prix de l'énergie, sinon l'Histoire va se répéter et nous consommerons plus d'énergie.

Nous devons devenir plus efficaces sans être récompensés par une baisse de la facture énergétique. C'est à cette seule condition que l'efficacité conduira à la conservation.

Mais pourquoi deviendrais-je plus efficace dans mon utilisation de l'énergie si je ne suis pas récompensé par une baisse de ma facture ?

La réponse est simple. Les prix de l'énergie, et en particulier ceux du pétrole, augmenteront d'autant plus et d'autant plus vite si nous ne devenons pas efficaces. Au bout du compte, l'efficacité ne peut pas nous permettre de consommer plus de pétrole que ce que la baisse de production nous offre. La défi posé par l'attrition du pétrole est de consommer moins d'énergie, purement et simplement.»

Quelques faits relatés par Rubin à propos du transport maritime :

— Il y a quinze ans, un cargo passait 55% de son temps en mer et la proportion de containers dans le transport maritime était de 35%;

— Aujourd'hui, un porte-containers passe 85% de son temps en mer et la proportion de containers est de 75%;

— Les porte-containers d'aujourd'hui vont plus vite ce qui double la consommation de carburant par unité de fret;

— La facture de carburant quotidienne d'un cargo moyen est de 9 500$ lorsque le baril de pétrole se transige à 30$: elle est de 32 000$ lorsque le cours atteint 100$ le baril;

— À un prix de 150$ le baril, le surcoût relié au transport équivaut à toutes les diminutions de barrières tarifaires (la libéralisation du commerce à laquelle le GATT a travaillé si fort...) depuis les années 1970;

— L'impact de la hausse du pétrole sur la globalisation dépend des biens échangés. Les aciéries états-uniennes redeviennent compétitives face aux chinoises parce que le coût de transport annule les bénéfices en coûts de main d'œuvre. L'impact sera faible sur les produits à forte valeur ajoutée, dont le prix est élevé par rapport à leur poids, et sur les produits où l'intensité de main d'œuvre est élevée: les usines de semi-conducteurs, de haute technologie mais aussi de souliers et de vêtements resteront en Asie pendant un bout de temps. Le reste sera rapatrié ou rapproché, au Mexique, par exemple.

Les beaux côtés (introduction, p. 22-24) : « Du pétrole coûteux peut signifier la fin du style de vie que nous connaissons, mais peut-être cette vie n'était-elle pas si extraordinaire que ça dans le fond. Des villes polluées congestionnées par le trafic, le réchauffement du climat, les déversements de pétrole et autres formes de dégradation environnementale font tous partie de l'héritage du pétrole bon marché. [...]

Nous vivrons dans des communautés plus denses, conduirons de plus petits véhicules, vivrons plus frugalement et plus localement. [...]

Mais vivre dans un monde plus propre, efficace, dans une ville plus densément peuplée n'est pas exactement la fin du monde. Où iriez-vous en vacances : à Paris ou à Houston ? [...]

Préparez-vous à un monde plus petit. Bientôt, votre nourriture viendra d'un champ beaucoup plus proche de l'endroit où vous habitez, et les objets que vous achèterez viendront d'une usine du coin plutôt que de l'autre côté de la planète. Vous conduirez probablement moins et marcherez davantage, ce qui signifie que vous travaillerez et ferez vos achats plus près de la maison. Vos voisins et votre voisinage sont sur le point de devenir bien plus importants dans le monde plus petit qui nous attend dans un avenir rapproché. [...]

Nous pouvons changer. En plus de découpler l'économie du pétrole nous devons concevoir nos vies pour les adapter à un monde où l'énergie est plus restreinte. Et cela implique de vivre en utilisant moins d'énergie. Bien que plusieurs choses puissent mal tourner au cours de cette transition, ne soyez pas surpris si nous découvrons plus d'un avantage en cours de route [...] un monde beaucoup plus vivable et agréable que celui que nous sommes sur le point de laisser dernière nous. »

p. 221 : « En fait, il y a beaucoup d'autres attraits à la nourriture locale [à part les économies d'énergie et la réduction des gaz à effet de serre]. Vu que la nourriture va représenter une part de plus en plus grande de nos budgets, il sera avantageux de conserver cet argent dans nos communautés. Mieux vaut utiliser notre argent pour construire l'économie locale de l'avenir que de le laisser fuir vers la colonne «bénéfices» d'une compagnie éloignée. Et voici autre chose: la nourriture locale, en saison, sera toujours plus fraîche qu'un produit congelé importé. Cela signifie aussi qu'elle sera habituellement plus savoureuse et plus nutritive. »

pp. 248-253 : « Le changement arrive que nous le voulions ou non. [...] Nous savons que l'économie fondée sur de l'énergie bon marché [...] tire à sa fin. La question est de savoir si nous sommes prêts à faire face à la situation. Plus tôt nous verrons venir les choses, plus tôt nous pourrons nous y adapter et même profiter de ses effets. Nous pourrions découvrir demain plusieurs trésors cachés dans les sacrifices que nous faisons aujourd'hui.

Au lieu de villes qui étouffent dans le smog, entourées de banlieues et transpercées de multiples autoroutes, nous avons une réelle occasion de nous retrouver dans des voisinages et des villes plus petites, où l'on peut marcher [...].

Ces voisinages auront en commun une relation viable avec les fermes qui les nourissent. Les petites villes et les nouveaux villages de banlieusards seront des carrefours pour la production agricole locale. [...]

Dans un monde plus petit, tout ce qui permet de vraiment apprécier la nourriture reprendra de l'importance.

Les goûts et les coutumes locaux, qui semblaient destinés à disparaître devant l'assaut de la globalisation, vont obtenir un répit de dernière minute. Étant donné que la production reviendra à ses racines locales, les produits retrouveront leurs couleurs locales — peut-être pas les aciéries, mais certainement les usines de produits finis destinés au consommateur — et flatteront les préférences et les goûts de leurs clients. [...]

Ce qui distinguait votre environnement local va reprendre toute son importance. [...]

J'ai l'impression que nous deviendrons tous bien plus habiles pour réparer ce qui brise au lieu de le remplacer par du neuf. [...] Nous allons nous contenter de choses rapiécées et réparées et d'objets où l'aspect fonctionnel l'emporte sur la beauté. [...] La couture, le jardinage et la cuisine vont certainement revenir en force [...].

Pour la plupart d'entre nous aujourd'hui, le monde local est pratiquement sans importance. Tout comme nous ne mangeons pas localement, nous rêvons de passer notre temps ailleurs, pour les affaires ou le plaisir. Plusieurs d'entre nous avons plus en commun avec nos pairs ailleurs dans le monde qu'avec notre voisin d'à côté. Cela va bientôt changer. Au fur et à mesure que la rareté du pétrole rendra votre monde plus petit, vous passerez bientôt beaucoup plus de temps à parler à votre voisin et beaucoup moins de temps en avion à parcourir le monde. Ce qui impliquera que vous vous inquiéterez de moins en moins des problèmes mondiaux et de plus en plus des préoccupations locales. Nous deviendrons tous des gardiens beaucoup plus attentifs de nos petits mondes. Ceci devrait rendre nos voisinages de meilleurs endroits où vivre. »

dimanche 19 avril 2009

Début de descente énergétique

Tout le travail de tête et de cœur entrepris dans une initiative de transition conduit à l'élaboration d'une vision de l'avenir propre à chaque collectivité. Cette vision, à son tour, conduit à un plan d'action, le Plan de descente énergétique (en anglais, Energy Descent Action Plan ou EDAP). Ce plan guidera toutes les actions entreprises pour rebâtir la résilience des communautés.

Le but premier de ce Plan de descente énergétique est d'éliminer la dépendance au pétrole qui menace la communauté. Le pétrole sera bientôt beaucoup moins abondant et bon marché. Il faut préparer nos communautés à cette situation inévitable, sinon il ne restera qu'à la subir. S'organiser pour vivre sans pétrole est également une action concrète de lutte au chaos climatique. Finalement, sur le plan économique, le Québec a tout intérêt à garder ici les quelque 20 milliards $ par année qui servent présentement à acheter du pétrole à l'étranger.

Deux annonces récentes au Québec montrent que l'idée d'une nécessaire descente énergétique commence à se frayer un chemin dans l'espace public:

Les municipalités réveillées sont inscrites, les autres non. Et la vôtre?

samedi 18 avril 2009

Outils de changement

Une des raisons pour lesquelles l'Initiative de transition a réussi à mobiliser des centaines de collectivités en moins de trois ans est qu'elle reconnaît la nécessité de s'occuper des émotions engendrées par la prise de conscience en les incluant dans le processus de changement. Pierre Thibault, rédacteur-en-chef de l'hebdomadaire ICI de Montréal, touchait au cœur de la question (peut-être sans le savoir) dans son éditorial du 16 avril inspiré par le Jour de la Terre :

D’études en études, d’analyses en analyses, nous avons peu à peu compris certains des effets de l’activité humaine sur l’écosystème. [...] Pourtant, malgré les campagnes de conscientisation, les haut cris de scientifiques renommés, l’augmentation des cas de cancer ou d’asthme, la dégradation des rivières et des forêts et que sais-je encore, nous continuons d’afficher collectivement une redoutable capacité de résistance au changement. En fait, j’ai parfois l’impression que nous agissons tel un fumeur invétéré qui se sait atteint d’un cancer des poumons et qui continue de s’enfiler ses deux paquets quotidiens comme si de rien était.
On dirait que l'introduction au chapitre 6 de The Transition Handbook lui répond:
Provoquer le changement a toujours été le Saint-Graal des environnementalistes mais il est resté, dans une grande part, hors d’atteinte. Malgré certains succès, le mouvement environnemental n’a pas réussi à mobiliser les gens en nombre suffisant dans un vaste processus de changement. On est encore loin d’une mobilisation qui correspondrait à l’état de guerre dans lequel nous nous trouvons face au pic pétrolier et au chaos climatique. Peut-être le mouvement n’a-t-il jamais vraiment compris les mécanismes du changement et ses implications. D’autres disciplines, par contre, en savent beaucoup plus sur la façon d’induire un changement et sur le fonctionnement du processus. L’une d’entre elles est le traitement des dépendances.

Dans son livre Addiction and Change, Carlo DiClemente présente son modèle transthéorique du changement (MTC) qui vise à expliquer la façon dont survient le changement. Il établit que le processus par lequel quelqu’un sombre dans une dépendance et s’en libère est identique à tout autre processus de changement.

Le MTC est le résultat de la synthèse de diverses approches précédentes ainsi que d’études longitudinales sur la façon dont les gens changent. DiClemente défend la thèse que le processus est plus subtil et plus sophistiqué qu’une simple décision de changer suivie du changement en question.

Presqu’au même moment, Rob Hopkins rencontrait le Dr Chris Johnstone, un spécialiste du traitement des dépendances, qui a travaillé avec les étapes de changement dans plusieurs domaines.

Rob Hopkins reconnaît que cette façon de voir l’a fortement inspiré et a eu une influence déterminante sur l’approche de transition. Les deux en discutent dans cette entrevue.